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Pollution dans le métro – le pari de la transparence

La pollution de l’air dans le métro et le RER a trop longtemps été un secret de polichinelle pour les professionnels et un tabou pour les décideurs. Les experts connaissaient les chiffres – mauvais- ; les citoyens devinaient les problèmes – préoccupants. Près de quatre millions de personnes prenaient le métro chaque jour, et des dizaines de milliers de personnes y travaillaient, mais il ne fallait pas les inquiéter: il ne fallait pas désespérer Billancourt.

Ce n’est plus le cas. Voilà quatre ans déjà, la Région Ile-de-France lançait et finançait des expérimentations dans plusieurs stations parisiennes avec la SNCF et la RATP, afin de tester des technologies de dépollution. Aujourd’hui, et suite aux engagements de Valérie Pécresse, Île-de-France Mobilité (IDFM) lance un grand plan d’action sur ce sujet. Ce plan marque une rupture avec les actions précédentes. Il pose un cadre, définit une ambition, coordonne des mesures. Surtout, il inscrit la transparence et l’information des publics comme premier principe d’action.

Pollution dans le métro

Les données récoltées dans les stations seront centralisées et évaluées par un expert indépendant – Airparif. Elles seront communiquées aux usagers et aux salariés de manière transparente et coordonnée.

Cela tranche avec la situation actuelle: s’il existe bien quelques dispositifs de mesure, leurs données sont dispersées et, dans les faits, trop difficiles à trouver et à comprendre.

Cette nouvelle transparence et ce travail de vérité accompagnent des actions concernant l’amélioration de la ventilation dans les stations ainsi que l’expérimentation et le déploiement de nouvelles technologies sur les rames ou dans les stations pour diminuer la pollution (principalement causées par le freinage des trains). Elles font suite aux actions déjà entamées depuis quelques années. Tout cela marque une rupture avec le passé. Non pas que rien n’ait été fait auparavant. Mais l’autorité organisatrice de transports (IDFM) et la région construisent un plan global pour faire face au sujet.

Cette transparence, en particulier, n’a à notre connaissance aucun équivalent dans le monde. Si les métros de Londres ou de New York sont notoirement pollués, ils n’ont pas mis en place de programme d’une ampleur équivalente et encore moins de transparence sur les données. On peut ainsi imaginer que le système mis en place en Île-de-France trouvera un écho dans d’autres pays, comme dans les autres régions de France.

Il ne s’agit pas d’une mesure technique mais d’une rupture dans la manière de gérer les transports. Car cette transparence décidée par Île-de-France Mobilité s’impose à SNCF et à la RATP: elle devient un principe de fonctionnement. Et dès lors qu’elle se met en place, aucun retour en arrière n’est possible. Les usagers, les associations, les syndicats mais aussi les autorités que sont IDFM et la Région pourront examiner les données et demander ainsi des progrès dont l’importance s’accroîtra progressivement.

Le pari de la transparence

Cela n’en reste pas moins un pari. Cette nouvelle transparence va-t-elle contribuer à faire revenir les voyageurs dans les transports en commun qui peinent encore à retrouver les nombres d’usagers d’avant le Covid – ce qui pose des problèmes en termes de pollution automobile, et en termes de rentabilité pour les autorités de transports ? Ou bien, au contraire, va-t-elle les faire fuir encore davantage ? La question est ouverte et il faudra peut-être un peu de temps pour pouvoir la trancher. Mais le courage ou la vertu politique sont clairement du côté de l’alternative et imposent de faire confiance aux citoyens, aux usagers et aux salariés.

Cette confiance est la base du mandat démocratique. Et rappelons que les transports en commun de la région ne sont pas une activité à but lucratif comme une autre mais qu’ils sont gérés dans le cadre des services publics décentralisés et confiés par la loi à la Région. Par les temps actuels, où le lien social s’affaiblit, où la chose politique est contestée de toutes parts, il faut prendre la démocratie au sérieux, et donc prendre les électeurs au sérieux: les citoyens ne sont pas des enfants craintifs qu’il faut apaiser avec de fausses promesses ou des autruches prêtes à mettre la tête dans le sable. Ce sont des adultes rationnels qui demandent la vérité. C’est le pari de cette décision importante, qui inscrit la lutte contre la pollution dans un combat pour la démocratie.

Cet article, cosigné par Olivier Blond et Delphine Burkli, a paru dans le Figaro, sous une forme légèrement modifiée, le 27 mai.

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